Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/244

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Scène XVI.


[Belmont. Dans le palais de Portia.]


Entrent Portia, Nérissa, Lorenzo, Jessica et Balthazar.

LORENZO.

— Je n’hésite pas, madame, à le dire en votre présence, — vous avez une idée noble et vraie — de la divine amitié : vous en donnez la plus forte preuve, — en supportant de cette façon l’absence de votre seigneur. — Mais, si vous saviez qui vous honorez ainsi, — à quel vrai gentilhomme vous portez secours, — à quel ami dévoué de mon seigneur votre mari, — je suis sûr que vous seriez plus fière de votre œuvre — que vous ne pourriez l’être d’un bienfait ordinaire.


PORTIA.

— Je n’ai jamais regretté d’avoir fait le bien, — et je ne commencerai pas aujourd’hui. Entre camarades — qui vivent et passent le temps ensemble, — et dont les âmes portent également le joug de l’affection, — il doit y avoir une véritable harmonie — de traits, de manières et de goûts : — c’est ce qui me fait penser que cet Antonio, — étant l’ami de cœur de mon seigneur, — doit ressembler à mon seigneur. S’il en est ainsi, — combien peu il m’en a coûté — pour soustraire cette image de mon âme — à l’empire d’une infernale cruauté ! — Mais j’ai trop l’air de me louer moi-même ; — aussi, laissons cela et parlons d’autre chose. — Lorenzo, je remets en vos mains — la direction et le ménagement de ma maison — jusqu’au retour de mon seigneur. Pour ma part, — j’ai adressé au ciel le vœu secret — de vivre dans la prière et dans la contemplation, — sans autre compagnie que