Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/252

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Entre Shylock.

LE DOGE.

— Faites place, qu’il se tienne en face de nous. — Shylock, je crois, comme tout le monde, — que tu n’as voulu soutenir ce rôle de pervers — que jusqu’à l’heure du dénoûment ; et qu’alors — tu montreras une pitié et une indulgence plus étranges — que n’est étrange ton apparente cruauté. — Alors, croit-on, au lieu de réclamer la pénalité, — c’est-à-dire une livre de la chair de ce pauvre marchand, — non-seulement tu renonceras à ce dédit, — mais encore, touché par la tendresse et par l’affection humaines, — tu le tiendras quitte de la moitié du principal ; — tu considéreras d’un œil de pitié les désastres — qui viennent de fondre sur son dos, — et qui suffiraient pour accabler un marchand royal, — pour arracher la commisération — à des poitrines de bronze, à des cœurs de marbre, — à des Turcs inflexibles, à des Tartares n’ayant jamais pratiqué — les devoirs d’une affectueuse courtoisie. — Nous attendons tous une bonne réponse, juif.


SHYLOCK.

— J’ai informé Votre Grâce de mes intentions. — J’ai juré par notre saint Sabbath — d’exiger le dédit stipulé dans mon billet. — Si vous me refusez, que ce soit au péril — de votre charte et des libertés de votre cité ! — Vous me demanderez pourquoi j’aime mieux — prendre une livre de charogne que recevoir — trois mille ducats. À cela je n’ai point à répondre, — sinon que tel est mon goût. Est-ce répondre ? — Supposez que ma maison soit troublée par un rat, — et qu’il me plaise de donner dix mille ducats — pour le faire empoisonner !… Cette réponse vous suffit-elle ? — Il y a des gens qui n’aiment