Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/254

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

tuelle, — autant vaudrait demander au loup — pourquoi il fait bêler la brebis après son agneau, — autant vaudrait défendre aux pins de la montagne — de secouer leurs cimes hautes et de bruire — lorsqu’ils sont agités par les rafales du ciel, — autant vaudrait accomplir la tâche la plus dure, — que d’essayer (car-il n’est rien de plus dur) d’attendrir — ce cœur judaïque… Ainsi, je vous en supplie, — ne lui faites plus d’offre, n’essayez plus aucun moyen. — Plus de délai. C’est assez chicaner, — à moi, ma sentence, au juif, sa requête.


BASSANIO.

— Pour tes trois mille ducats, en voilà six.


SHYLOCK.

— Quand chacun de ces six mille ducats serait — divisé en six parties et quand chaque partie serait un ducat — je ne voudrais pas les prendre ; je réclame mon billet.


LE DOGE.

— Quelle miséricorde peux-tu espérer, si tu n’en montres aucune ?


SHYLOCK.

— Quel jugement ai-je à craindre, ne faisant aucune infraction ? — Vous avez parmi vous nombre d’esclaves, — que vous employez comme vos ânes, vos chiens et vos mules, — à des travaux abjects et serviles, — parce que vous les avez achetés… Irai-je vous dire : — Faites-les libres ! — Mariez-les à vos enfants ! — Pourquoi suent-ils sous des fardeaux ? Que leurs lits — soient aussi moelleux que les vôtres ! Que des mets comme les vôtres — flattent leur palais ! Vous me répondriez : — Ces esclaves sont à nous… Eh bien, je réponds de même : — La livre de chair que j’exige de lui, — je l’ai chèrement payée : elle est à moi et je la veux. — Si vous me la refusez, fi de vos lois ! — Les décrets de Venise sont sans force ! Je demande la justice ; l’aurai-je ? répondez.