Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/268

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À Bassanio.

— Et pour l’amour de vous, j’accepterai cet anneau… — Ne retirez pas votre main : je ne prendrai rien de plus ; — votre amitié ne me refusera pas cela.


BASSANIO.

— Cet anneau, cher monsieur ! Hélas ! c’est une bagatelle ! — Je serais honteux de vous donner cela.


PORTIA.

— Je ne veux avoir que cela ; — et maintenant, voyez-vous, j’en ai la fantaisie.


BASSANIO.

— Il a pour moi une importance bien au-dessus de sa valeur. — Je ferai chercher par proclamation — la plus riche bague de Venise, et je vous la donnerai : — quant à celle-ci, je vous prie, excusez-moi.


PORTIA.

— Je le vois, monsieur, vous êtes libéral… en offres. — Vous m’avez appris d’abord à mendier ; et maintenant, ce me semble, — vous m’apprenez comment il faut répondre au mendiant.


BASSANIO.

— Cher monsieur, cet anneau m’a été donné par ma femme ; — et, quand elle me l’a mis au doigt, elle m’a fait jurer, — de ne jamais ni le vendre, ni le donner, ni le perdre.


PORTIA.

— Cette excuse-là économise aux hommes bien des cadeaux. — À moins que votre femme ne fût folle, — sachant combien j’ai mérité cette bague, — elle ne saurait vous garder une éternelle rancune — de me l’avoir donnée. C’est bon. La paix soit avec vous !


Portia et Nérissa sortent.

ANTONIO.

— Monseigneur Bassanio, donnez-lui la bague. —