Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/274

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

portés par l’ardeur de leur sang. — Mais que par hasard ils entendent le son d’une trompette, — ou que toute autre musique frappe leurs oreilles, — vous les verrez soudain s’arrêter tous, — leur farouche regard changé en une timide extase, — sous le doux charme de la musique ! Aussi les poëtes — ont-ils feint qu’Orphée attirait les arbres, les pierres et les flots, — parce qu’il n’est point d’être si brut, si dur, si furieux, — dont la musique ne change pour un moment la nature. — L’homme qui n’a pas de musique en lui — et qui n’est pas ému par le concert des sons harmonieux — est propre aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines. — Les mouvements de son âme sont mornes comme la nuit, — et ses affections noires comme l’Érèbe. — Défiez-vous d’un tel homme !… Écoutons la musique.


Portia et Nérissa entrent et se tiennent à distance.

PORTIA.

— Cette lumière que nous voyons brûle dans mon vestibule. — Que ce petit flambeau jette loin ses rayons ! — Ainsi brille une bonne action dans un monde méchant.


NÉRISSA.

— Quand la lune brillait, nous ne voyions pas le flambeau.


PORTIA.

— Ainsi la plus grande gloire obscurcit la moindre. — Un ministre brille autant qu’un roi — jusqu’à ce que le roi paraisse : et alors tout son prestige — s’évanouit, comme un ruisseau des champs — dans l’immensité des mers… Une musique ! Écoute !


NÉRISSA.

— C’est votre musique, madame, celle de la maison.


PORTIA.

— Rien n’est parfait, je le vois, qu’à sa place : — il me