Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/277

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tort. — Sur ma foi, je l’ai donnée au clerc du juge. — Je voudrais que celui qui l’a fût eunuque, — puisque vous prenez la chose si fort à cœur, mon amour !


PORTIA.

— Une querelle ! Ah, déjà ! De quoi s’agit-il ?


GRATIANO.

— D’un cercle d’or, d’une misérable bague — qu’elle m’a donnée et dont la devise, — s’adressant à tout le monde comme la poésie du coutelier — sur un couteau, disait : Aimez-moi et ne me quittez pas.


NÉRISSA.

Que parlez-vous de devise ou de valeur ? — Quand je vous l’ai donnée, vous m’avez juré — que vous la porteriez jusqu’à l’heure de votre mort — et qu’elle ne vous quitterait pas même dans la tombe. — Sinon pour moi, du moins pour des serments si pathétiques, — vous auriez dû avoir plus d’égard, et la conserver. — Vous l’avez donnée au clerc du juge !… Mais je suis bien sûre — que ce clerc-là n’aura jamais de poil au menton.


GRATIANO.

— Il en aura, s’il peut devenir homme.


NÉRISSA.

— Oui, si une femme peut devenir homme.


GRATIANO, levant le bras.

— Par cette main levée ! je l’ai donnée à un enfant, — une espèce de gars, un méchant freluquet, — pas plus haut que toi, le clerc du juge, — un petit bavard qui me l’a demandée pour ses honoraires. — En conscience, je ne pouvais pas la lui refuser.


PORTIA.

— Je dois être franche avec vous, vous étiez à blâmer — de vous séparer si légèrement du premier présent de votre femme : — un objet scellé à votre doigt par tant de serments — et rivé à votre chair par la foi jurée. — J’ai