Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/294

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Scène II.


[Une pelouse devant le palais ducal.]


Entrent Célia et Rosalinde.

CÉLIA.

Je t’en prie, Rosalinde, ma chère petite cousine, sois gaie.


ROSALINDE.

Chère Célia, je montre plus de gaieté que je n’en possède, et vous voudriez encore que je fusse plus gaie ! Si vous ne pouvez me faire oublier un père banni, vous ne sauriez me rappeler aucune idée extraordinairement plaisante.


CÉLIA.

Je vois par là que tu ne m’aimes pas aussi absolument que je t’aime : si mon oncle, ton père banni, avait banni ton oncle, le duc mon père, et que tu fusses toujours restée avec moi, j’aurais habitué mon affection à prendre ton père pour le mien, et c’est ce que tu ferais, si en vérité ton affection pour moi était aussi parfaitement trempée que mon affection pour toi.


ROSALINDE.

Soit ! j’oublierai ma situation pour me réjouir de la vôtre.


CÈLIA.

Tu le sais, mon père n’a d’enfant que moi ; il n’est pas probable qu’il en ait d’autre, et sûrement, à sa mort, tu seras son héritière : car ce qu’il a pris à ton père par force, je te le rendrai par affection ; sur mon honneur, je le ferai, et si je brise ce serment, que je devienne un monstre ! Ainsi, ma douce Rose, ma chère Rose, sois gaie.