Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/31

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Italiens. Alors j’enrichissais les, prêtres par les enterrements et sans cesse j’occupais les bras du sacristain à creuser la tombe et à sonner le glas. Puis, j’ai été ingénieur, et, dans les guerres entre la France et l’Allemagne, sous prétexte de servir Charles-Quint, je tuais, par mes stratagèmes, amis et ennemis. Puis, j’ai été usurier, et, à force d’extorsions, d’escroqueries, de confiscations et de ruses de courtage, en un an je remplissais les geôles de banqueroutiers et j’encombrais les hôpitaux de jeunes orphelins. Grâce à moi, il n’était pas de lune qui ne rendit quelqu’un fou ; de temps à autre, un homme se pendait de désespoir, portant, attaché sur la poitrine, un long écriteau qui disait combien je l’avais torturé par mon usure. Mais vois quelle bénédiction m’ont value toutes leurs douleurs : j’ai assez d’argent pour pouvoir acheter toute la ville ! Mais dis-moi, toi, à quoi passais-tu le temps ?

— Ma foi, maître, à incendier les villages chrétiens, à enchaîner les eunuques, à lier les galériens. À une époque, j’ai été cabaretier dans une hôtellerie, et, pendant la nuit, je me glissais furtivement dans les chambres des voyageurs et je leur coupais la gorge. Un jour, à Jérusalem, j’ai semé de la poudre sur les dalles de marbre où s’agenouillaient les pèlerins, et, leurs genoux en furent si bien éclopés que j’éclatais de rire à voir tous ces culs-de-jatte retourner dans leur chrétienté sur des béquilles.

— Allons, ce n’est pas mal. Regarde-moi comme ton camarade. Nous sommes mécréants tous deux, tous deux circoncis, et nous haïssons les chrétiens tous deux. Sois fidèle et discret, et l’or ne te manquera pas.

Telles étaient les monstruosités que le dramaturge huguenot mettait sans scrupule dans la bouche du juif. Ces diffamations impossibles, qui aujourd’hui indignent