Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/32

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le bon sens et révoltent l’imagination, étaient alors consacrées par l’assentiment général. Il fallait voir l’enthousiasme du public à la fin de la pièce, quand Barabbas était jeté dans la cuve ardente. Quel plaisir d’écouter les rugissements et d’observer les convulsions du juif bouilli vivant ! Toute la bonne ville voulut se donner ce spectacle. Le drame de Marlowe obtint un succès exceptionnel que constatent, recette à recette, les registres du chef de troupe Henslowe. Ne pouvant rôtir le juif en personne, comme avaient fait récemment les bourgeois de Metz, la populace de Londres allait chaque jour le voir brûler en effigie : elle soufflait ses acclamations sur ce feu d’enfer et l’attisait de hourrahs. Oh ! cette foule frénétique, l’apercevez-vous à la lueur de ce sabbat sinistre ? La voyez-vous, comme moi, trépigner de joie, battre des mains et danser une ronde autour de la chaudière en entonnant le refrain sauvage de la complainte de Gernutus ?

Good people, that doe heare this song,
For trueth I dare well say
That many a wretch as ill as hee
Doth live now at this day ;
That seeketh nothing but the spoyle
Of many a wealthey man,
And for to trap the innocent
Deviseth what they can.
From whom the Lord deliver me,
And every Christian too.
And send tothem like sentence eke
That meaneth so to do[1].

La ballade de Gernutus était une chanson populaire,

  1. « Bonnes gens qui écoutez cette chanson, j’ose affirmer comme une
    vérité que bien des misérables aussi méchants que lui existent encore aujourd’hui,
    « Qui ne cherchent que la spoliation de maint homme opulent, et qui, pour atlraper l’innocent, imaginent tous les moyens.
    « De ceux-là puisse le Seigneur me délivrer ainsi que tous les chré-