Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/314

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sanglots — que, sous leur effort, — sa cotte de cuir se tendais — presque à éclater ; de grosses larmes roulaient l’une après l’autre sur son innocent museau — dans une chasse lamentable. Et ainsi la bête velue, — observée tendrement par le mélancolique Jacques, — se tenait sur le bord extrême du rapide ruisseau qu’elle grossissait de ses larmes.


LE DUC

Mais qu’a dit Jacques ? — A-t-il pas tiré la morale de ce spectacle ?


PREMIER SEIGNEUR.

— Oh ! oui, en mille rapprochements. — D’abord, voyant tant de larmes perdues dans le torrent : — « Pauvre cerf, a-t-il dit, tu fais ton testament — comme nos mondains, et tu donnes — à qui avait déjà trop. » Puis, voyant la bête seule, — délaissée et abandonnée de ses amies veloutées : — « C est juste, a-t-il ajouté, la misère écarte — le flot de la compagnie. » Tout à coup, une troupe de cerfs insouciants — et bien repus bondit à côté du blessé, sans même s’arrêter à le choyer : Oui, dit Jacques, — enfuyez-vous, gras et plantureux citoyens : — voilà bien la mode ! à quoi bon jeter un regard — sur le pauvre banqueroutier ruiné que voilà ? — Ainsi le trait de ses invectives frappait à fond — la campagne, la ville, la cour, — et jusqu’à notre existence ; il jurait que nous — sommes de purs usurpateurs, des tyrans, et ce qu’il y a de pire, — d’effrayer ainsi les animaux et de les massacrer — dans le domaine que leur assigne la nature.


LE DUC.

— Et vous l’avez laissé dans cette contemplation ?


DEUXIÈME SEIGNEUR.

— Oui, monseigneur, pleurant et dissertant — sur ce cerf à l’agonie.


LE DUC.

Montrez-moi l’endroit. — J’aime à l’aborder dans ces