Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/326

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bête sauvage, ou je serai mangé par elle, ou je te l’apporterai à manger. La mort est plus dans ton imagination que dans tes forces. Pour l’amour de moi, reprends courage : tiens pour un moment la mort à distance. Je vais être tout de suite à toi, et si je ne t’apporte pas de quoi manger, je te donne permission de mourir ; mais si tu meurs avant mon retour, c’est que tu te moques de ma peine… À la bonne heure ! tu sembles te ranimer : je vais être à toi bien vite… Mais tu es là étendu à l’air glacé. Viens, je vais te porter sous quelque abri, et tu ne mourras pas faute d’un dîner, s’il y a dans ce désert un être vivant… Du courage, bon Adam.

Il sort, en portant Adam.

Scène X.


[Dans la forêt. Une table servie sous les arbres.]


Entrent le vieux duc, Amiens, et des seigneurs.

LE DUC.

— Je crois qu’il est métamorphosé en bête ; — car je ne peux le découvrir nulle part sous forme d’homme.


PREMIER SEIGNEUR.

— Monseigneur, il était ici tout à l’heure, — s’égayant fort à écouter une chanson.


LE DUC.

— S’il devient musicien, lui, ce composé de dissonances, — nous aurons bientôt du désaccord dans les sphères. — Allez le chercher ; dites-lui que je voudrais lui parler.


Entre Jacques.

PREMIER SEIGNEUR.

— Il m’en épargne la peine en venant lui-même.