Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/328

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voyage, il y a d’étranges cases bourrées — d’observations qu’il lâche — en formules hachées… Oh ! si j’étais fou ! — J’ambitionne la cotte bariolée.


LE DUC.

— Tu en auras une.


JACQUES.

C’est la seule qui m’aille : — pourvu que vous extirpiez de votre sain jugement — cette opinion, malheureusement enraciné, — que je suis raisonnable. Il faut que j’aie franchise — entière et que, comme le vent, je sois libre — de souffler sur qui bon me semble, car les fous ont ce privilège. — Et ce sont ceux qu’aura le plus écorchés ma folie — qui devront rire le plus. Et pourquoi ça, messire ? — La raison est aussi unie que le chemin de l’église paroissiale : — celui qu’un fou a frappé d’une saillie spirituelle, — quelque dur qu’il lui en cuise, agit follement, — s’il ne paraît pas insensible au coup : autrement, — la folie de l’homme sage est mise à nu — par les traits les plus hasardeux du fou. — Affublez-moi de mon costume bariolé, donnez-moi permission — de dire ma pensée, et je prétends — purger à fond le sale corps de ce monde corrompu — pourvu qu’on laisse agir patiemment ma médecine.


LE DUC.

Fi de toi ! je puis dire ce que tu ferais.


JACQUES.

— Eh ! que ferais-je, au bout du compte, si ce n’est du bien ?


LE DUC.

— Tu commettrais le plus affreux péché, en réprimandant le péché. — Car tu as été toi-même un libertin, — aussi sensuel que le rut bestial ; — et tous les ulcères tuméfiés et tous les maux endurés — que tu as attrapés dans ta licence vagabonde, — tu les communiquerais, au monde entier.