Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/330

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meurt, celui de vous qui touche à un de ces fruits — avant que moi et mes besoins nous soyons satisfaits !


JACQUES.

— Si aucune raison ne suffit à vous satisfaire, — il faut que je meure.


LE DUC.

— Que voulez-vous ?… Vous nous aurez plutôt forcés par votre douceur — qu’adoucis par votre force.


ORLANDO.

— Je suis mourant de faim ; donnez-moi à manger.


LE DUC.

— Asseyez-vous et mangez, et soyez le bienvenu à notre table.


ORLANDO.

— Parlez-vous si doucement ? Oh ! pardon, je vous prie ! — J’ai cru que tout était sauvage ici, — et voilà pourquoi j’ai pris le ton — de la farouche exigence. Mais, qui que vous soyez, — qui dans ce désert inaccessible, — à l’ombre des mélancoliques ramures, — passez négligemment les heures furtives du temps, — si jamais vous avez vu des jours meilleurs, — si jamais vous avez vécu là où des cloches appellent à l’église, — si jamais vous vous êtes assis à la table d’un brave homme, — si jamais vous avez essuyé une larme de vos paupières, — et su ce que c’est qu’avoir pitié et obtenir pitié, — que la douceur soit ma grande violence ! — Dans cet espoir, je rougis et cache mon épée.

Il rengaine son épée.

LE DUC.

— C’est vrai, nous avons vu des jours meilleurs, — et la cloche sainte nous a appelés à l’église, — et nous nous sommes assis à la table de braves gens, et nous avons essuyé de nos yeux — des larmes qu’avait engendrées une pitié sacrée, — et ainsi asseyez-vous en toute douceur, — et prenez à volonté ce que nos ressources — peuvent offrir à votre dénûment.