Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/335

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Afin que tous les yeux ouverts dans cette forêt
Voient ta vertu partout attestée.

Cours, cours, Orlando, inscris sur chaque arbre
La belle, la chaste, l’ineffable !

Il sort.


Entrent Corin et Pierre de Touche.

CORIN.

Et comment trouvez-vous cette vie de berger, maître Pierre de Touche ?


PIERRE DE TOUCHE.

Franchement, berger, considérée en elle-même, c’est une vie convenable ; mais considérée comme vie de berger, elle ne vaut rien. En tant qu’elle est solitaire, je l’apprécie fort ; mais en tant qu’elle est retirée, c’est une vie misérable. En tant qu’elle se passe à la campagne, elle me plaît fort ; mais en tant qu’elle se passe loin de la cour, elle est fastidieuse. Comme vie frugale, voyez-vous, elle sied parfaitement à mon humeur ; mais comme vie dépourvue d’abondance, elle est tout à fait contre mon goût. As-tu en toi quelque philosophie, berger ?


CORIN.

Tout ce que j’en ai consiste à savoir que, plus on est malade, plus on est mal à l’aise, et que celui qui n’a ni argent, ni ressource, ni satisfaction, est privé de trois bons amis ; que la propriété de la pluie est de mouiller, et celle du feu de brûler ; que la bonne pâture fait le gras troupeau, et que la grande cause de la nuit est le manque de soleil ; et que celui à qui ni la nature ni la science n’a donné d’intelligence, a à se plaindre de l’éducation ou est né de parents fort stupides.


PIERRE DE TOUCHE.

C’est une philosophie naturelle que celle-là… As-tu jamais été à la cour, berger ?