Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/353

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


PIERRE DE TOUCHE.

Je le voudrais certes, à mains que tu ne fusses laide. Car la vertu accouplée à la beauté, c’est le miel servant de sauce au sucre.


JACQUES, à part.

Fou profond !


AUDREY.

Eh bien, je ne suis pas jolie, et conséquemment je prie les dieux de me rendre vertueuse.


PIERRE DE TOUCHE.

Oui, mais donner la vertu à un impur laideron, c’est servir un excellent mets dans un plat sale.


AUDREY.

Je ne suis pas impure, bien que je sois laide. Dieu merci !


PIERRE DE TOUCHE.

C’est bon, les dieux soient loués de la laideur ! L’impureté a toujours le temps de venir… Quoi qu’il en soit, je veux t’épouser, et à cette fin j’ai vu sire Olivier Gâche-Texte, le vicaire du village voisin, qui m’a promis de me rejoindre dans cet endroit de la forêt et de nous accoupler.


JACQUES, à part.

Je serais bien aise de voir cette réunion.


AUDREY.

Allons, les dieux nous tiennent en joie !


PIERRE DE TOUCHE.

Amen !… Certes un homme qui serait de cœur timide pourrait bien chanceler devant une telle entreprise ; car ici nous n’avons d’autre temple que le bois, d’autres témoins que les bêtes à cornes. Mais bah ! Courage ! Si les cornes sont désagréables, elles sont nécessaires. On dit que bien des gens ne savent pas la fin de leurs fortunes ; c’est vrai : bien des gens ont de bonnes cornes et n’en