Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/359

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— Dites que vous ne m’aimez pas, mais ne le dites pas — avec aigreur. L’exécuteur public, — dont le cœur est endurci par le spectacle habituel de la mort, — n’abaisse pas la hache sur le cou humilié, — sans demander pardon. Voulez-vous être plus cruelle — que celui qui, jusqu’à sa mort, vit de sang versé ?


Rosalinde, Célia et Corin entrent et se tiennent à distance.

PHÉBÉ.

— Je ne veux pas être ton bourreau ; — je te fuis, pour ne pas te faire souffrir. — Tu me dis que le meurtre est dans mes yeux : voilà qui est joli, en vérité, et bien probable, — que les yeux, qui sont les plus frêles et les plus tendres choses, — qui ferment leurs portes craintives à un atome, puissent être appelés tyrans, bouchers, meurtriers ! — Tiens, je te fais la moue de tout mon cœur : si mes yeux peuvent blesser, eh bien, qu’ils te tuent ! — Allons, affecte de t’évanouir, allons, tombe à la renverse ! — sinon, oh ! par pudeur, par pudeur, — cesse de mentir en disant que mes yeux sont meurtriers ! — Allons, montre-moi la blessure que mon regard t’a faite… — Égratigne-toi seulement avec une épingle, il en reste — une cicatrice. Appuie-toi sur un roseau, — une marque, une empreinte se voient — un moment sur ta main ; mais les regards — que je viens de te lancer ne t’ont point blessé, — et je suis bien sûre que des yeux n’ont pas la force — de faire mal.


SILVIUS.

Ô chère Phébé ! — si un jour (et ce jour peut être proche) — quelque frais visage a le pouvoir de vous charmer, — alors vous connaîtrez ces blessures invisibles — que font les flèches acérées de l’amour.


PHÉBÉ.

Soit ! jusqu’à ce moment-là, — ne m’approche pas, et