Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/361

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

laideur ne fait que s’enlaidir par l’impertinence. — Ainsi, berger, prends-la pour femme… Adieu !


PHÉBÉ.

— Je vous en prie, beau damoiseau, grondez-moi un an de suite ; — j’aime mieux entendre vos gronderies que les tendresses de cet homme. —


ROSALINDE.

Il s’est énamouré de sa laideur et la voilà qui s’énamoure de ma colère.

À Silvius.

S’il en est ainsi, toutes les fois qu’elle te répondra par des regards maussades, je l’abreuverai de paroles amères.

À Phébé.

Pourquoi me regardez-vous ainsi ?


PHÉBÉ.

Ce n’est pas par malveillance pour vous.


ROSALINDE.

— Je vous en prie, ne vous éprenez pas de moi, — car je suis plus trompeur que les vœux faits dans le vin… — Et puis, je ne vous aime pas. Si vous voulez connaître ma demeure, — c’est au bouquet d’oliviers, tout prés d’ici… — Sœur, venez-vous ? Berger, serre-la de prés… — Allons, sœur… Bergère, faites-lui meilleure mine — et ne soyez pas fière : quand tout le monde vous verrait, — nul ne serait ébloui de votre vue autant que lui. — Allons ! À notre troupeau !

Sortent Rosalinde, Célia et Corin.

PHÉBÉ.

Ô pâtre enseveli ! C’est maintenant que je reconnais la force de tes paroles :

Quiconque doit aimer aime à première vue (27).


SILVIUS.

— Chère Phébé !


PHÉBÉ.

Hé ! que dis-tu, Silvius ?