Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/371

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trou de la serrure ; bouchez la serrure, et il s’envolera avec la fumée par la cheminée.


ORLANDO.

Un homme qui aurait une femme douée d’autant d’esprit pourrait bien s’écrier : Esprit, où t’égares-tu ?


ROSALINDE.

Oh ! vous pouvez garder cette exclamation pour le cas où vous verriez l’esprit de votre femme monter au lit de votre voisin.


ORLANDO.

Et quelle spirituelle excuse son esprit trouverait-il à cela ?


ROSALINDE.

Parbleu ! il lui suffirait de dire qu’elle allait vous y chercher. Vous ne la trouverez jamais sans réplique, à moins que vous ne la trouviez sans langue. Pour la femme qui ne saurait pas rejeter sa faute sur le compte de son mari, oh ! qu’elle ne nourrisse pas elle-même son enfant, car elle en ferait un imbécile.


ORLANDO.

Je vais te quitter pour deux heures, Rosalinde.


ROSALINDE.

Hélas ! cher amour, je ne saurais me passer de toi deux heures.


ORLANDO.

Je dois me trouver au dîner du duc ; vers deux heures je reviendrai près de toi.


ROSALINDE.

Oui, allez, allez votre chemin… Je savais comment vous tourneriez… Mes amis me l’avaient prédit, et je m’y attendais… C’est votre langue flatteuse qui m’a séduite… Encore une pauvre abandonnée… Vienne la mort !… À deux heures, n’est-ce pas ?


ORLANDO.

Oui, charmante Rosalinde.