Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/372

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ROSALINDE.

Sérieusement, sur ma parole, sur mon espoir en Dieu, et par tous les jolis serments qui ne sont pas dangereux, si vous manquez d’un iota à votre promesse, si vous venez une minute après l’heure, je vous tiens pour le plus pathétique parjure, pour l’amant le plus fourbe et le plus indigne de celle que vous appelez Rosalinde, qu’il soit possible de trouver dans l’énorme bande des infidèles. Ainsi redoutez ma censure, et tenez votre promesse.


ORLANDO.

Aussi religieusement que si tu étais vraiment ma Rosalinde. Sur ce, adieu.


ROSALINDE.

Oui, le temps est le vieux justicier qui examine tous ces délits-là : laissons le temps juger. Adieu !

Orlando sort.

CÉLIA.

Vous avez rudement maltraité notre sexe dans votre bavardage amoureux ; vous mériteriez qu’on relevât votre pourpoint et votre haut-de-chausses par-dessus votre tête, et qu’on fît voir au monde le tort que l’oiseau a fait à son propre nid.


ROSALINDE.

Ô cousine, cousine, cousine, ma jolie petite cousine, si tu savais à quelle profondeur je suis enfoncée dans l’amour ! Mais elle ne saurait être sondée : mon affection a un fond inconnu, comme la baie de Portugal.


CÉLIA.

Ou plutôt, elle n’a pas de fond : aussitôt que vous l’épanchez, elle fuit.


ROSALINDE.

Ah ! ce méchant bâtard de Vénus, engendré de la rêverie, conçu du spleen et né de la folie ! cet aveugle petit garnement qui abuse les yeux de chacun parce qu’il a perdu les siens ! qu’il soit juge, lui, de la profondeur de