Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/395

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reconnu que la querelle était sur la limite du septième grief ?


PIERRE DE TOUCHE.

C’est-à-dire du démenti sept fois rétorqué… Tenez-vous plus gracieusement, Audrey !… Voici comment, monsieur. Je désapprouvais la coupe de la barbe de certain courtisan. Il me fit dire que, si je déclarais que sa barbe n’était pas bien taillée, il était d’avis qu’elle l’était. Ceci s’appelle la réplique courtoise… Que si je lui faisais dire encore qu’elle n’était pas bien taillée, il me faisait dire qu’il la coupait pour se plaire à lui-même. Ceci s’appelle le sarcasme modéré… Que si j’insistais de nouveau, il contestait mon jugement. Ceci s’appelle la répartie grossière… Que si j’insistais de nouveau, il me répondait que je ne disais pas la vérité. Ceci s’appelle la riposte vaillante… Que si j’insistais de nouveau, il me déclarait que j’en avais menti. Ceci s’appelle la contradiction querelleuse. Et ainsi de suite jusqu’au démenti conditionnel et au démenti direct (30).


JACQUES.

Et combien de fois avez-vous dit que sa barbe n’était pas bien taillée ?


PIERRE DE TOUCHE.

Je n’osai pas aller plus loin que le démenti conditionnel et il n’osa pas me donner le démenti direct. Sur ce, nous mesurâmes nos épées et nous nous séparâmes.


JACQUES.

Pourriez-vous à présent nommer par ordre les degrés du démenti.


PIERRE DE TOUCHE.

Oh ! monsieur, nous nous querellons d’après l’imprimé ; il y a un livre pour ça comme il y a des livres pour les bonnes manières. Je vais vous nommer les degrés. Premier degré, la Réplique courtoise ; second, le Sarcasme modeste ; troisième, la Répartie grossière ; qua-