Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/417

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faire penser. Et moi, pour voir si, lui allant au-devant, ou la mettant en chemin, je pourrais profiter de quelque chose, je lui dis ainsi :

— Rosette, si le seigneur Félix, sans être plus avisé, se met encore en avant de m’écrire !

Elle me répondit tout froidement : — Madame, ce sont choses que l’amour apporte avec soi, je vous supplie très-humblement me pardonner ; car si j’eusse pensé vous devoir en cela ennuyer, je me fusse plutôt arraché les yeux.

Dieu sait en quel état je demeurai de cette réponse, toutefois je dissimulai, et me laissa toute cette cette nuit accompagnée de mon désir. Et arrivant le matin, la prudente Rosette entra en ma chambre pour me donner mes vêtements et laissa tomber après elle cette lettre en terre. Et comme je la vois, je lui dis : — Qu’est-ce que cela qui est tombé ? Montre-moi, que je le voie. — Ce n’est rien, madame, dit-elle. — Cà, çà, montre-moi, lui dis-je sans me fâcher, ou dis moi que c’est. — Jésus ! madame ! pourquoi le voulez-vous voir ? C’est la lettre d’hier. — Non, non, dis-je. Ce n’est pas cela : montre-moi que je voie si tu ne me mens point.

Je n’avais pas encore achevé ce mot, qu’elle me la mit entre les mains, disant : — Dieu me fasse mal si c’est autre chose !

Et encore que je la connusse fort bien, si dis-je : — Assurément que ce n’est point elle, car je la connais : il n’y a point de faute que c’est de quelqu’un de tes amoureux ; je la veux lire pour voir les folies qu’il t’écrit.

Et l’ouvrant, je vis ce qu’elle disait… Ayant vu cette lettre de dom Félix, je commençai à lui vouloir bien, et pour mon grand mal le commençai-je. Et incontinent demandant pardon à Rosette de tout ce que je lui avais dit, et lui recommandant le secret de mes amours, je