Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/440

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Gianetto l’embrassa en pleurant. Après avoir entendu son récit, messire Ansaldo dit : « Qu’à cela ne tienne, Gianetto ! Ne te donne point de mélancolie ; puisque tu m’es rendu, je suis content. Il nous reste encore assez pour pouvoir vivre doucement. La mer fait la fortune des uns et la ruine des autres. » La nouvelle de ces événements se répandit par toute la ville de Venise, et chacun plaignait fort messire Ansaldo du malheur qu’il avait eu. Il fallut que messire Ansaldo vendît la plus grande partie de ce qu’il possédait pour payer les créanciers qui lui avaient fourni les marchandises. Les compagnons d’Ansaldo revinrent tous riches d’Alexandrie ; on leur conta, dès leur arrivée à Venise, comment Gianetto était revenu et avait tout perdu. Ce dont ils s’émerveillèrent, disant que c’était la chose la plus étonnante qu’ils eussent jamais vue. Ils allèrent trouver messire Ansaldo et Gianetto, et, leur ayant fait fête, dirent : « Messire Ansaldo, ne vous tourmentez pas ; nous avons l’intention de faire l’année prochaîne un nouveau voyage à votre bénéfice : ; car c’est nous qui avons causé votre ruine en induisant Gianetto à nous accompagner dans notre première expédition : ainsi ne craignez rien, et tant que nous aurons du bien, usez-en comme du vôtre. » Messire Ansaldo leur rendit grâce, en disant qu’ils avaient encore de quoi subsister. Cependant, soir et matin, Gianetto restait absorbé dans ses réflexions et ne pouvait se réjouir. Messire Ansaldo lui demanda ce qu’il avait.

— Je ne serai content, répondit-il, que quand j’aurai rattrapé ce que j’ai perdu.

— Mon fils, dit messire Ansaldo, je ne veux plus que tu me quittes : vivons ici paisiblement avec le peu que nous avons ; cela vaut mieux pour toi que d’entreprendre un nouveau voyage.

— Je suis résolu, répliqua Gianetto, à faire tout mon