Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/443

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

« Faites semblant de boire, mais ne buvez rien ce soir. » Gianetto, ayant bien compris ces paroles, entra dans la chambre. La dame lui dit : « Je sais que vous devez avoir grand’soif, et aussi je veux que vous buviez avant que d’aller au lit. » Et aussitôt deux donzelles, qui ressemblaient à deux anges, vinrent comme d’habitude avec le vin et les confitures, et lui offrirent à boire : « Qui pourrait refuser, voyant deux damoiselles si belles ? » s’écria Gianetto. La dame ne put s’empêcher de rire. Gianetto prit la tasse et, feignant de boire, versa le tout dans son sein. La dame, croyant qu’il avait bu, se disait en elle-même : « Tu nous amèneras un autre navire, car, pour celui-ci, tu l’as perdu. » Gianetto, s’étant mis au lit, se sentait tout gaillard et tout dispos, et trouvait que la dame se faisait attendre mille ans. « Cette fois je l’ai attrapée, se disait-il : au lieu de l’ivrogne qu’elle attend, elle trouvera le tavernier. » Et pour que la dame se dépêchât de venir au lit, il commença à faire semblant de ronfler et de dormir. Sur quoi la dame dit : « C’est bien ; » et, s’étant déshabillée, se mit au lit près de Gianetto. Dès qu’elle fut entrée sous la couverture, celui-ci, sans perdre de temps, se tourna vers elle et lui dit en l’embrassant : « Voilà donc ce que j’ai tant désiré. » Sur ce, il lui donna la paix du saint mariage, et toute la nuit ils restèrent dans les bras l’un de l’autre. De quoi la dame fut plus que contente ; et, s’étant levée le matin avant le jour, elle fit mander tous les barons et chevaliers et les principaux citoyens, et leur dit : « Gianetto est votre seigneur, préparez-vous donc à lui faire fête. » Aussitôt par toute la contrée éclatèrent les acclamations : « Vive le seigneur ! vive le seigneur ! » Les cloches et les instruments sonnèrent comme pour une fête ; des courriers furent envoyés à une foule de barons et de comtes qui étaient loin du château, pour leur dire : « Venez voir