Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/444

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votre seigneur ! » Et alors commença une grande et magnifique fête. Et quand Gianetto sortit de sa chambre, il fut fait chevalier et placé sur un trône. On lui mit en main le sceptre, et on le proclama seigneur avec grand triomphe et grande gloire. Et dès que tous les barons et toutes les dames furent arrivés à la cour, il épousa la souveraine au milieu de fêtes et de réjouissances qu’il serait impossible de dire et d’imaginer. Tous les barons et seigneurs du pays vinrent à la fête en grand gala. Ce n’étaient que joutes, pas d’armes, danses, chansons et musiques, divertissements de toutes sortes. Messire Gianetto, magnifique en tout, se mit à distribuer des étoffes de soie et autres riches choses qu’il avait apportées : exerçant virilement le pouvoir, il fit craindre son autorité et rendre justice à toute espèce de gens. Et ainsi il vivait en fête et en allégresse, sans s’inquiéter ni se souvenir de ce pauvre messire Ansaldo qui restait engagé envers le juif pour dix mille ducats.

Or, un jour que messire Gianetto était à la fenêtre du palais avec sa dame, il vit passer sur la place une procession d’hommes qui, un cierge allumé à la main, allaient faire une offrande. « Que veut dire ceci ? dit messire Gianetto. — C’est, répondit la dame, une procession d’artisans qui vont faire une offrande à l’église de Saint-Jean, parce que c’est aujourd’hui sa fête. » Messire Gianetto se souvint alors de messire Ansaldo : il se retira de la fenêtre, poussa un grand soupir, changea de visage, et se promena de long en large dans la salle, absorbé dans ses réflexions. La dame lui demanda ce qu’il avait. Messire Gianetto répondit : « Je n’ai rien. » Sur quoi la dame se mit à l’examiner, en disant : « Certainement vous avez quelque chose que vous ne voulez pas dire. » Et tant elle insista que messire Gianetto lui conta comment messire Ansaldo s’était engagé pour dix mille ducats et que