Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/451

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Sur ce, il tira l’anneau de son doigt et le donna au juge. Puis ils s’embrassèrent et se firent la révérence.

— Faites-moi une grâce, dit le juge.

— Demandez, riposta messire Ansaldo.

— Eh bien, dit le juge, ne restez pas ici, et allez bien vite retrouver votre femme.

— Il me semble, dit messire Gianetto, qu’il y a cent mille ans que je ne l’ai vue.

Alors ils se séparèrent. Le juge s’embarqua et partit à la grâce de Dieu. De son côté, messire Gianetto donna des dîners et des soupers, distribua des chevaux et de l’argent à ses amis ; et, après avoir festoyé et tenu table ouverte pendant plusieurs jours, il prit congé de tous les Vénitiens et emmena avec lui messire Ansaldo. Beaucoup de ses anciens camarades s’en allèrent avec lui ; et presque tous les hommes et toutes les femmes pleurèrent d’attendrissement à son départ, tant il avait été affable pour tout le monde durant son séjour à Venise. Enfin il partit et retourna à Belmonte.

Sa femme était arrivée déjà depuis plusieurs jours. Elle feignit d’avoir été prendre les bains ; et, ayant repris ses vêtements de femme, elle fit faire de grands préparatifs, couvrir toutes les rues de tapis, et équipa plusieurs compagnies d’hommes d’armes. Et quand messire Gianetto et Ansaldo arrivèrent, tous les barons et toute la cour allèrent à leur rencontre en criant : Vive le seigneur ! vive le seigneur ! Dès qu’ils eurent mis pied à terre, la dame de Belmonte courut embrasser messire Ansaldo et prit un air un peu fâché avec messire Gianetto, qu’elle aimait pourtant mieux qu’elle-même. Il y eut de grandes fêtes, animées par des joutes, des tournois, des danses et des chants, auxquelles prirent part barons, dames et damoiselles.

Messire Gianetto voyant que sa femme ne lui faisait