Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/452

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pas aussi bon visage qu’à l’ordinaire, se retira dans sa chambre, l’appela et lui dit : Qu’as-tu donc ? et il voulut l’embrasser.

— Tu n’as besoin, dit la dame, de me faire toutes ces caresses, car je sais bien que tu as retrouvé tes anciennes maîtresses à Venise.

Messire Gianetto de s’excuser.

— Où est l’anneau que je t’ai donné ? dit la dame.

— Ce que j’avais prévu m’arrive, répondit messire Gianetto ; j’avais bien dit que tu penserais mal de moi. Mais je te jure, par la foi que je garde à Dieu et à toi, que j’ai donné cet anneau au juge qui m’a fait gagner le procès.

— Eh bien, dit la dame, je te jure, par la foi que je garde à Dieu et à toi, que tu l’as donné à une femme, et je le sais bien, et ne jure pas le contraire, par pudeur !

— Je prie Dieu de m’enlever de ce monde, reprit messire Gianetto, si je ne dis pas vrai !… J’avais bien prévenu le juge de tout cela, quand il m’a demandé l’anneau.

— Tu aurais aussi bien fait, dit la dame, de m’envoyer messire Ansaldo, et de rester là-bas à te goberger avec tes maîtresses, car j’apprends qu’elles ont toutes pleuré quand tu es parti.

Messire Gianetto commença à verser des larmes, et, en proie aux plus vives tribulations, reprit : — Tu fais un article de foi de ce qui n’est pas vrai, de ce qui ne peut l’être.

La dame, voyant ces larmes, qui étaient pour son cœur autant de coups de couteau, courut aussitôt l’embrasser et partit d’un grand éclat de rire. Elle lui montra l’anneau, lui répéta ce qu’il avait dit au juge, lui conta comment ce juge, c’était elle-même, et de quelle manière elle avait obtenu la bague. Messire Gianetto témoigna la plus grande surprise du monde, et, reconnaissant que