Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/494

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passion que vous peigniez dans vos sonnets et dans vos rondeaux ?

— Vous vous trompez, madame, répliqua Rosader. En m’absentant, je n’ai fait que répondre au procédé peu gracieux par lequel vous avez enlevé la mariée à son époux. Pourtant, si je vous ai offensé par cette disparition de trois jours, je demande humblement votre pardon, et vous ne pouvez le refuser quand la faute est avouée avec un si amical repentir. La vérité est que mon frère aîné est banni de Bordeaux et que je l’ai rencontré par hasard dans la forêt.

Et Rosader raconta tout ce qui s’était passé entre les deux frères.

Or, il y avait dans cette forêt des bandits qui vivaient de brigandage et qui, par crainte de la prévôté, se cachaient dans des cavernes au fond des halliers. Ayant ouï parler de la beauté d’Aliéna, ces misérables avaient résolu de l’enlever, pour en faire présent au roi, espérant par un tel cadeau obtenir leurs grâces du roi qui était un grand paillard. Tandis qu’Aliéna et Ganimède étaient en grave conversation, ils s’élancèrent sur Aliéna et sur son page, qui appelèrent Rosader à leurs secours. Résolu à mourir pour la défense de ses amis, Rosader asséna aux assaillants des coups assez vigoureux pour prouver à leurs carcasses qu’il n’était pas lâche. Mais il ne put résister longtemps au nombre, n’ayant personne pour le soutenir, et il finit par être repoussé, et même grièvement blessé. Aliéna et Ganimède auraient été enlevées, si un heureux hasard n’avait amené de ce côté Saladin qui fondit sur la bande, son épieu à la main, et étonna les misérables par la vigueur de ses coups. Rosader, voyant son frère se comporter si vaillamment, revint à la charge avec une telle violence que plusieurs des bandits furent tués et le reste s’enfuit, laissant