Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/501

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sous un grenadier, déplorait le douloureux accident qui tenait son Rosader éloigné d’elle. Montanus le salua en lui remettant la lettre qui, dit-il, lui était envoyée par Phébé. Quand Ganimède eut lu et relu la lettre, il se prit à sourire, et regardant Montanus :

— Dis-moi, je te prie, berger, es-tu amoureux de Phébé ?

— Oh ! mon damoiseau, répondit Montanus, si je n’étais pas si profondément épris de Phébé, mes troupeaux seraient plus gras, et leur maître plus tranquille ; car ce sont mes chagrins qui font la maigreur de mes brebis.

— Hélas ! pauvre pâtre, ta passion est-elle si extrême, ta tendresse si obstinée qu’aucune raison n’en puisse humilier l’orgueil ?

— Rien ne pourra me faire oublier Phébé, tant que Montanus s’oubliera lui-même.

— Allons, Montanus, considère combien ta tendresse est désespérée, et tu reconnaîtras la profondeur de ta propre folie. Je te le déclare, en faisant la cour à Phébé, tu hurles à la lune avec les loups de Syrie. Pour preuve, lis cette lettre.

Montanus prit la lettre et la lut, changeant de couleur à chaque ligne, et terminant chaque phrase par une période de soupirs.

— Eh bien, lui dit Ganimède, reconnais-tu que ton grand dévouement est bien faiblement récompensé ? Cesse donc d’avaler avidement cette potion que tu sais être un poison ; cesse de ramper devant celle qui ne se soucie pas de toi. Ah ! Montanus, il y a bien des femmes aussi jolies que Phébé, mais plus aimables qu’elle. Crois-moi, les faveurs sont le combustible de l’amour ; puisque tu ne peux en obtenir, laisse la flamme s’évanouir en fumée.