Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/511

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Coridon avait tout préparé. Les tables dressées, le dîner fut servi ; Gérismond, Rosader, Saladin et Montanus installèrent les mariées et furent ce jour-là leurs serviteurs. Le repas était simple et tel que le permettaient les ressources du pays ; mais les convives suppléèrent aux lacunes du menu par une bonne causerie et par les récits variés de leurs amours et de leurs aventures. Vers le milieu du dîner, pour égayer la fête, Coridon arriva avec une bande nombreuse et joua une farce dans laquelle il chanta cette chanson plaisante :

Une fille des champs accorte et gente,
Hey ! ho ! la gente fille !
Était assise sur l’herbe tendre
Et disait avec larmes : Nul ne me viendra donc fleurer ?
Un vert galant, un pâtre enjôleur,
Hey ! ho ! un galant pâtre !
Qui dans ses amours était fort ardent,
D’un air souriant vint tout droit à elle.

Quant la coquette aperçut,
Hey ! ho ! quand elle aperçut
Le moyen de se faire épouser,
Elle sourit doucement comme une gente belle.
Le pâtre, voyant son oblique œillade,
Hey ! ho ! l’oblique œillade !
Passa son bras autour de sa taille.
Eh ! belle fille, comment allez-vous ?

L’amie des champs dit : Bien, morguienne !
Hey ! ho ! bien, morguienne !
Mais j’ai une démangeaison,
Une démangeaison qui me fait pleurer.
Hélas ! dit-il, d’où vient ton mal ?
Hey ! ho ! d’où vient ton mal ?
D’une plaie, dit-elle, irrémédiable :
Je crains de mourir fille.

Si c’est là tout, dit le berger,
Hey ! ho ! dit le berger,
On t’épousera, mignonne,
Pour guérir ta maladie.