Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

nouvelle originale a été démesurément agrandi pour faire place à deux figures nouvelles, nées toutes deux d’un génie colossal : Pierre de Touche et Jacques.

L’existence de l’homme, nécessairement imparfaite et mixte, peut être envisagée à deux points de vue diamétralement opposés, — dans ses qualités ou dans ses défauts, dans ses latitudes ou dans ses lacunes, sous son aspect riant ou sous son aspect sombre. Par ses perpétuelles antithèses, l’existence provoque les appréciations les plus contradictoires ; elle justifie l’éloge comme le blâme, le dénigrement comme l’enthousiasme. Elle a assez de beautés, assez d’aurores, assez de zéphyrs, assez d’azur, assez de printemps, assez d’espérances, assez de satisfactions pour autoriser une incessante gaieté ; elle a assez de laideurs, assez de crépuscules, assez de tempêtes, assez de ténèbres, assez d’hivers, assez de déceptions, assez de souffrances pour justifier une perpétuelle tristesse.

De là la légitimité égale de ces deux types qui représentent dans Comme il vous plaira la double critique humaine. Pierre de Touche est l’optimiste par excellence. Aucun contre-temps ne peut troubler sa bonne humeur philosophique : il a dans la forêt des Ardennes autant d’entrain que dans le palais du tyran. Il conserve le même enjouement sous le chaume et sous les lambris, dans l’exil et dans la patrie, dans la prospérité et dans la disgrâce. — Pas de situation à laquelle il ne se fasse. Il rit de tout à travers tout. Il vous démontrera, quand vous voudrez, que la vie du paysan est aussi délicate que celle du courtisan, et que la main encrassée de goudron sent meilleur que la main parfumée de civette : « La civette, pouah ! c’est de la fiente de chat. » — S’il est quelque part dans les champs un laideron, dont personne ne veuille, Pierre de Touche