Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/75

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PROTÉE.

Niaise réponse, et bien digne d’un bélier !


DILIGENCE.

Et qui prouverait que je suis un bélier ?


PROTÉE.

Oui, et ton maître un berger.


DILIGENCE.

Eh bien, je prouverai que non par un raisonnement.


PROTÉE.

Ou je me trompe fort, ou je prouverai que si par un autre.


DILIGENCE.

Le berger court après le bélier, et non le bélier après le berger. Or, je cours après mon maître, et mon maître ne court pas après moi : donc, je ne suis pas un bélier.


PROTÉE.

Le bélier pour du fourrage suit le berger, le berger ne suit pas le bélier pour sa pitance : or, tu suis ton maître pour des gages, et ton maître ne te suit pas pour des gages. Donc tu es un bélier.


DILIGENCE.

Encore une preuve pareille, et vous me faites crier : bêh !


PROTÉE.

Mais écoute-moi : as-tu donné ma lettre à Julia ?


DILIGENCE.

Oui, seigneur. Moi, pauvre mouton perdu, je lui ai donné votre lettre, à cette brebis égarée : et elle, cette brebis égarée, ne m’a rien donné à moi, pauvre mouton perdu.


PROTÉE.

C’est que la pâture n’est pas suffisante pour tout ce troupeau-là.