Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/77

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PROTÉE.

Allons, allons, ouvre-toi à moi en peu de mots : qu’a-t-elle dit ?


DILIGENCE.

Ouvrez votre bourse, et je m’ouvrirai à vous immédiatement.


PROTÉE, lui remettant une pièce de monnaie.

Eh bien, messire, voici pour votre peine. Qu’a-t-elle dit ?


DILIGENCE.

Vraiment, monsieur, je crois que vous aurez de la peine à la gagner.


PROTÉE.

Comment ? T’a-t-elle laissé percevoir cela ?


DILIGENCE.

Monsieur, je n’ai rien pu percevoir d’elle, non, pas même un ducat pour le port de votre lettre ; j’ai peur qu’ayant été si dure pour moi, quand je lui faisais part de vos sentiments, elle ne soit aussi dure pour vous, quand elle vous dira les siens. Si vous voulez la séduire, ne soyez pas trop mou, car elle est dure comme fer.


PROTÉE.

Comment ! elle n’a rien dit !


DILIGENCE.

Non, pas même un voilà pour la peine ! Pour me témoigner votre générosité, vous m’avez donné six deniers, je vous en remercie. En récompense, vous pouvez désormais porter vous-même vos lettres. Et sur ce, monsieur, je vous recommanderai à mon maître.


PROTÉE.

— Va, va, cours assurer contre le naufrage le navire en partance : — il ne saurait périr, t’ayant à bord, — destiné que tu es à une mort plus sèche en terre ferme.