Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/92

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VALENTIN.

Je veux dire que sa beauté est éclatante, mais que sa grâce est sans prix.


DILIGENCE.

Parce que l’une est peinte et que l’autre n’est d’aucun prix.


VALENTIN.

Comment, peinte ? comment, d’aucun prix ?


DILIGENCE.

Je veux dire qu’elle se peint tant, pour paraître jolie, que pas un homme n’attache de prix à sa beauté.


VALENTIN.

Pour qui donc me prends-tu ? j’attache grand prix à sa beauté.


DILIGENCE.

Vous ne l’avez pas vue depuis qu’elle est défigurée.


VALENTIN.

Et depuis quand est-elle défigurée ?


DILIGENCE.

Depuis que vous l’aimez.


VALENTIN.

Je l’ai aimée du jour où je l’ai vue, et je la vois toujours belle.


DILIGENCE.

Si vous l’aimez, vous ne pouvez pas la voir.


VALENTIN.

Pourquoi ?


DILIGENCE.

Parce que l’amour est aveugle (4). Ah ! si vous aviez mes yeux ! ou si vos yeux avaient les mêmes lumières que quand vous reprochiez à messire Protée d’aller sans jarretières !


VALENTIN.

Que verrais-je alors ?