Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/93

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DILIGENCE.

Votre folie à vous et son extrême laideur à elle. Quand messire Protée était amoureux, il n’y voyait pas à attacher son haut-de-chausses ; vous, depuis que vous êtes amoureux, vous n’y voyez même pas à mettre le vôtre.


VALENTIN.

M’est avis, mon gars, que vous êtes amoureux, alors ; car hier matin vous n’y voyiez pas à brosser mes souliers.


DILIGENCE.

C’est vrai, monsieur, j’étais amoureux de mon lit ; je vous remercie de m’avoir secoué sur mes amours, car ça me rend plus hardi à vous tancer sur les vôtres.


VALENTIN.

En somme, je me sens de l’affection pour elle.


DILIGENCE.

Que ne vous en guérissez-vous ! Votre affection cesserait.


VALENTIN.

Hier soir, elle m’a enjoint d’écrire quelques vers pour quelqu’un qu’elle aime.


DILIGENCE.

Et vous l’avez fait !


VALENTIN.

Oui.


DILIGENCE.

Vous avez écrit en brouillon !


VALENTIN.

Non, de mon mieux. Mais silence ! la voici qui vient !


Entre Silvia.

DILIGENCE, à part.

Ô la bonne farce ! ô l’excellente marionnette ! va-t-il pas maintenant lui servir d’interprète !