Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/95

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DILIGENCE, à part.

— Et pourtant si ! et pourtant, encore un pourtant !


VALENTIN, voyant le mouvement de Silvia.

— Que veux dire Votre Grâce ? n’êtes-vous pas satisfaite ?


SYLVIA.

— Si fait ! les vers sont très-jolis ; — mais, puisque vous les avez écrits avec répugnance, reprenez-les, — oui, prenez-les.


VALENTIN, acceptant le papier.

Madame, ils sont pour vous.


SILVIA.

— Oui, oui, vous les avez écrits, monsieur, à ma requête, — mais je n’en veux pas ; ils sont pour vous : — Je les aurais voulus d’un style plus pathétique.


VALENTIN.

— Si vous le désirez, madame, je vous écrirai une autre épître.


SILVIA.

— Et quand elle sera écrite, lisez-la en mon nom. — Si elle vous plaît, soit ! si elle vous déplaît, soit encore !


VALENTIN.

— Si elle me plaît, madame, quoi alors ?


SILVIA.

— Eh bien, si elle vous plaît, gardez-la pour votre peine. — Et sur ce, bonjour, serviteur !

Elle se sauve.

DILIGENCE, à part.

— Ô rouerie imperceptible, inscrutable, invisible, — comme un nez au milieu d’un visage d’homme ou comme une girouette au haut d’un clocher ! — Mon maître soupire pour elle ; et elle enseigne au soupirant, — en se faisant son écolier, à devenir son maître. — Ô l’excellent tour !