Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/109

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Et les chaudes vapeurs & les pourpres du soir
Ceignaient d’une auréole aux effluves magiques
Le patriarche assis qui regardait sans voir.

Car son œil était plein de visions tragiques,
Rouges plus que le sable au désert embrasé,
Plus que le sang qui bout dans les cœurs énergiques.

Nul ne troublait ce songe ardent. Qui l’eût osé ?
Sa femme avait passé qu’il avait méconnue,
Son fils l’avait nommé qu’il n’avait point baisé :

Il rêvait, sombre, seul, mains jointes, tête nue.
« Il parle avec son Dieu ! » disaient les serviteurs ;
Et tous s’étaient couchés la nuit étant venue.

Entre les oliviers qui couvraient les hauteurs
Passaient de blancs rayons comme à travers un crible,
Les frais vallons ombreux s’emplissaient de senteurs.

— Il parle avec son Dieu ! mot sublime & terrible !
Par la plus belle nuit d’un été d’Orient
L’homme se débattait sous l’angoisse invincible ;