Page:Siefert - Rayons perdus.djvu/78

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Poëtes, qui pleurez, ô pléiade sacrée !
Vous, qui menez le deuil de vos beaux jours flétris,
Vous, qui vous en allez l’âme désespérée,
Ô vous, grands cœurs meurtris !

Vous tous, qui vous plaignez de votre triste histoire,
Qui prenez à témoin les cieux sourds & jaloux,
Qui trouvez un supplice en ce que la mémoire
Vous offre de plus doux,

Dites-moi, dites-moi si vos regrets se fondent
Sur des bonheurs pareils à mes bonheurs anciens ?
Si les pleurs douloureux, qui dans vos yeux abondent,
Coulent comme les miens ?…

Ce baiser fut le seul, cruelle & pure étreinte !
Car mes jours même étant en danger, je n’osai
En demander un autre, un adieu ! dans la crainte
Qu’il me fût refusé.

Cette scène d’ailleurs par lui fut oubliée.
Il resta plus longtemps, il revint plus souvent ;
Mais je sentais en moi l’espérance pliée
Comme une fleur au vent.