Page:Siefert - Rayons perdus.djvu/86

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Elle aima mieux mourir que de vivre sans lui ;
Et quand, le mois dernier, sa mère & sa famille,
Ignorant que l’amour tue une jeune fille,
Ont enfin obtenu de sa soumission
Qu’elle abjurât son rêve & son illusion,
Son âme douce, faible & de fraude incapable,
S’en est allée à Dieu pour n’être pas coupable.
Ces tristes jours pourtant n’avaient pas emporté
Son parfum d’innocence & de virginité :
Son voile nuptial se transforme en suaire ;
Et, toute fraîche encor sur son lit mortuaire,
Sa couronne de fleurs semble dire aujourd’hui :
Elle aima mieux mourir que de vivre sans lui !

Ô toi, que nous aimions avec tant de tendresse !
Ô toi, dont la froideur si féconde en ivresse
Nous force à te bénir en nous tordant les bras !
Ô toi, qui l’as tuée & qui me briseras,
Toi, qui n’eus pu choisir entre nous deux sans crime,
Quelle est cette puissance infernale ou sublime,
Ce don mystérieux, ce charme souverain
Qui prend, pour les broyer contre ton cœur d’airain,
Nos cœurs passionnés & jusqu’en ces supplices
Nous verse un poison sûr aux mortelles délices ?