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L’ÉCRIN DISPARU

— Précisément ; quant au mot meurtre, ce n’est peut-être pas le terme propre ; on ne pourra l’employer que le jour où l’on sera à même de citer le nom du coupable.

— Nous n’avons vraiment pas de chance ! nous n’avions encore qu’un ami intime au pays, et voilà que la famille de son épouse devient le théâtre d’une tragédie.

Comme le reporter sortait en prenant congé de ses aimables interlocuteurs, il aperçut une automobile qui stationnait devant le perron de la galerie non loin de la sienne.

— La voiture du Vicomte, s’exclamèrent joyeusement Lucien et Georges de Sombernon. Comme ils ne voyaient pas encore le visiteur qui s’était dérobé un instant pour ne pas incommoder :

— Est-ce qu’il y a longtemps que Monsieur et Madame sont arrivés demanda la Marquise au vieux chauffeur, qui n’était pas descendu ?

Celui-ci, le col de son vêtement relevé, la casquette abaissée jusqu’aux sourcils, paraissait somnolent, rencogné sur son siège.

— Il n’y a que monsieur le Vicomte et il vient d’arriver, répondit-il d’un ton bref, levant d’un geste à peine esquissé, un doigt à sa visière. La voix, avec son étrange accent guttural, attira l’attention de Léon Parizot, qui jeta un coup d’œil investigateur sur l’automédon.

— Vous allez rentrer avec nous, monsieur Parizot, dirent à la fois les deux marquis. Votre mentalité et votre diction, sont si françaises, que vous allez compter pour le quatrième St-Cyrien…

— Cet homme est-il français, questionna le reporter, en désignant le chauffeur ?

— Non, c’est un vieux soldat américain, répondit le Vicomte, au service de la famille Giraldi.

— Heureux de se retrouver ensemble, les anciens élèves-officiers, se laissaient aller à l’abandon d’une franche et cordiale camaraderie ; les mille incidents du Collège militaire, les nouvelles des amis demeurés là-bas, défrayaient joyeusement la conversation.

Une similitude de sentiments avait resserré leur amitié : car ces quatre cœurs, tant de l’ancienne que de la Nouvelle-France étaient sincèrement chrétiens. Tous gardaient le culte des traditions religieuses et patriotiques et vaillamment étaient résolus à les défendre.