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L’ÉCRIN DISPARU

Combien la physionomie, ordinairement souriante, de Madame Giraldi s’était soudain endurcie en parlant de Dupras !…

Connaissait-elle donc toute l’animosité qu’elle inspirait au jeune homme, pour le payer ainsi de retour ?

Visiblement contrarié de la tournure qu’avait pris l’entretien, le Maître, avec beaucoup de tact, s’était empressé de le faire dévier sur un autre terrain. S’adressant à monsieur Parizot, il l’interrogea sur la marque du moteur de son auto, s’informa s’il avait suivi les articles signés L. Giraldi, et parus dans la revue : « American Scientific ».

Dès lors, la conversation ne roula plus que sur des idées générales : libre-échange et protectionnisme ; crise financière et politique, commerce des pétroles, pessimisme ou optimisme en affaires, etc. Les questions religieuses et sociales eurent leur tour ; la franc-maçonnerie, le socialisme et même l’influence de la secte des Ku-Klux-Klan, vinrent sur le tapis. Plusieurs traits d’un fanatisme aussi haineux que cruel, furent signalés à la charge de cette dernière, dont l’action ténébreuse et anti-catholique s’affirme chaque jour de plus en plus.

— Oui, ajouta le Vicomte d’Aisy, il suffit que des idées soient fausses et pernicieuses, pour que leur diffusion soit rapide ; les épidémies morales sont encore plus contagieuses que les autres.

— D’après certains journaux, ajouta Madeleine, la Police américaine rechercherait au Canada, un ancien officier, qui maintes fois s’est signalé parmi les Ku-Klux-Klan, par des actes atroces de barbarie envers des catholiques.

Entre les indésirables de toutes nations qui encombrent notre Pays, celui-là sans doute est l’un des pires ; car pour moi, juif, orangiste, Ku-Klux-Klan, sont gens de même acabit, aussi dangereux pour notre nationalité que pour notre religion.

Le reporter Parizot ne fit nul écho à ces paroles qui, en d’autre temps, eussent mis sa verve à contribution : il avait l’esprit occupé d’autre chose. La figure contrainte et presque angoissée de Lédia Giraldi l’étonnait.

Etaient-ce les paroles échangées avec son mari au sujet de Dupras, qui lui laissaient cette impression pénible ?

— Mais non, réfléchit Parizot : j’oublie qu’elle est américaine !… Nous parlons souvent devant elle, de choses et de gens, qui ne sont pas de nature à flatter son amour-propre national…

Heureusement une discussion relative aux cadres de l’armée canadienne, qui s’éleva entre les St-Cyriens, ramena la causerie