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L’ÉCRIN DISPARU

existe au monde, un pauvre enfant qui traîne une vie d’opprobres immérités, tenir entre ses mains le salut et la réhabilitation de cet être et se taire !… non, le vol, l’action humiliante et basse sont peu de chose à côté de cela. — Fausser une âme, laisser un enfant en proie à toutes les tentations de la haine et du vice, briser une existence dans sa fleur !… y a-t-il des termes pour qualifier un homme aussi vil et peut-on assez le haïr ? ne semble-t-il pas que pour lui, il n’y ait ni pardon ni excuse ?…

Cependant cet homme, qui jusqu’alors, avait été droit et honnête, quand l’objet de ses vœux lui apparut soudain, objet après lequel il avait si longtemps et si âprement soupiré, cet homme, dis-je ne vit rien autre que la matière de sa convoitise et se l’appropria !…

Et passant la main sur son front :

Cet être cependant avait des idées et de l’énergie : il se croyait fort, se jugeait supérieur au commun. Une chose lui manquait néanmoins : la principale — Dieu était étranger à sa vie. — Cet homme n’avait qu’une foi spéculative ; dans son orgueil, il se figurait que la pratique de la religion, n’est que le propre des faibles, lesquels manquant de confiance en eux-mêmes, sentent le besoin d’un secours supérieur.

Ah ! s’il eût vécu sa foi, jamais il n’eût terni son honneur, ou du moins le ministre de Dieu, bien vite l’eût remis dans le droit chemin. Hélas, que de fois, au cours de ses neuf années de remords solitaires et stériles, vint à cet homme l’idée de la réparation, mais il n’osa pas. Ô tyrannie du faux amour-propre ! combien d’esclaves gémissent dans tes fers.

Monsieur Giraldi se tut : il avait tout dit, sauf le nom. L’aveu en somme restait à faire.

Un instant devant ses yeux, il revît ses succès, son passé brillant que deux mots allaient briser à jamais, et son cœur connut une hésitation suprême. Mais bientôt, raidissant sa volonté, il jugea cette nouvelle faiblesse indigne de lui.

Il avait failli : il devait expier, ce n’était que juste. Mais il sentit sa voix comme étranglée dans sa gorge quand il voulut continuer,

— Si je vous ai tant cherché, mon enfant, c’était afin de pouvoir réparer : cet homme, ce voleur, ce misérable : « C’EST MOI ».

Alors, doucement, le jeune homme dit ces simples mots :

« Oh ! je le savais !… »