Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/139

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rentrée de la récolte suivante, il court le risque, non-seulement de perdre une partie considérable de son blé, par des causes naturelles, mais encore de se voir obligé de vendre ce qui lui en reste, pour beaucoup moins qu’il aurait pu en retirer quelques mois auparavant. Si, en ne faisant pas monter le prix assez haut, il décourage si peu la consommation que la provision de l’année soit dans le cas de ne pouvoir atteindre à la consommation de l’année, non-seulement il perd une partie du profit qu’il eût pu faire, mais encore il expose le peuple à souffrir avant la fin de l’année, au lieu de simples rigueurs d’une cherté, les mortelles horreurs d’une famine. C’est l’intérêt du peuple, que sa consommation du mois, de la semaine, du jour, soit proportionnée aussi exactement que possible à la provision existante. Or, l’intérêt du marchand qui commerce sur le blé dans l’intérieur est absolument le même[1]. En mesurant au peuple sa provision dans cette proportion, aussi exactement qu’il lui est possible d’en juger, il se met dans le cas de vendre tout son blé au plus haut prix et avec le plus gros profit qu’il puisse faire ; et la connaissance qu’il a de l’état de la récolte, ainsi que du montant de ses ventes du mois, de la semaine, du jour, le met à portée de juger, avec plus ou moins de précision, si réellement le peuple se trouve approvisionné dans cette proportion. Sans se régler sur l’intérêt du peuple, son intérêt personnel le porte nécessairement à traiter le peuple, même dans les années de disette, à peu près de la même manière qu’un prudent maître de vaisseau est quelquefois obligé de traiter son équipage. Quand ce maître prévoit que les vivres sont dans le cas de pouvoir manquer, il diminue la ration de son monde. Quand même il lui arriverait de le faire par excès de précaution et sans une nécessité réelle, encore tous les inconvénients qu’en pourrait souffrir l’équipage ne sont-ils rien en comparaison des dangers, de la misère et de la mort, auxquels une conduite moins prévoyante pourrait quelquefois les exposer. De même, quand on supposerait que, par excès de cupidité, le marchand de blé vînt à faire monter le prix de son blé plus haut que ne l’exige la disette de la saison, une telle conduite, qui garantit efficacement le peuple d’une famine pour la fin de l’année, ne peut causer à ce même peu-

  1. L’auteur expose ici comment les choses devraient se passer logiquement, mathématiquement, pour ainsi dire ; mais la pratique ne répond pas toujours, ou mieux, elle ne répond presque jamais à cette théorie. A. B.