Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/181

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Indes aux pays qu’il avait découverts. Il ne faisait aucun doute que ce ne fût l’extrémité de ceux visités par Marco-Polo, et qu’il ne fût déjà peu éloigné du Gange ou des contrées qui avaient été conquises par Alexandre. Même quand il fut enfin convaincu que les pays où il était ne ressemblaient en rien à ceux-là, il continua toujours de se flatter que ces riches contrées n’étaient pas à une grande distance et, en conséquence, dans un autre voyage, il se mit à leur recherche le long de la côte de Terre-Ferme et vers l’isthme de Darien.

Par une suite de cette méprise de Colomb, le nom d’Indes est toujours demeuré depuis à ces malheureuses contrées, et quand à la fin il fut bien clairement démontré que les nouvelles Indes étaient totalement différentes des anciennes, les premières furent appelées Indes occidentales, pour les distinguer des autres qu’on nomma Indes orientales.

Il était néanmoins important pour Colomb que les pays qu’il avait découverts, quels qu’ils fussent, pussent être représentés à la cour d’Espagne comme des pays de très-grande importance ; et à cette époque, ces contrées, pour ce qui constitue la richesse réelle d’un pays, c’est-à-dire dans les productions animales ou végétales du sol, n’offraient rien qui pût justifier une pareille description.

Le plus gros quadrupède vivipare de Saint-Domingue était le cori, espèce d’animal qui tient le milieu entre le rat et le lapin, et que M. de Buffon suppose être le même que l’aperéa du Brésil. Il ne paraît pas que cette espèce ait jamais été très-nombreuse, et on dit qu’elle a été depuis longtemps presque entièrement détruite, ainsi que quelques autres espèces d’animaux encore plus petits, par les chiens et les chats des Espagnols. C’était pourtant, avec un très-gros lézard nommé ivana ou iguane, ce qui constituait la principale nourriture animal qu’offrit le pays.

La nourriture végétale des habitants, quoique fort peu abondante par leur manque d’industrie, n’était pas tout à fait aussi chétive. Elle consistait en blé d’Inde, ignames, patates, bananes, etc., plantes qui étaient alors totalement inconnues en Europe et qui n’y ont jamais été depuis très-estimées, ou dont on a supposé ne pouvoir jamais tirer une substance aussi nourrissante que des espèces ordinaires de grains et de légumes cultivés de temps immémorial dans cette partie du monde.

La plante qui donne le coton offrait, à la vérité, une matière de fabrication très-importante, et c’était sans doute alors pour les Euro-