Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/241

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où ils sont très-fréquents et très-rapprochés ; mais l’avantage du pays où réside ce marchand, la quantité du travail productif qui peut y être constamment en activité, le produit annuel des terres et du travail, en doivent toujours nécessairement beaucoup souffrir[1]. Or, je pense que quiconque a la moindre expérience dans ces différentes branches de commerce, m’accordera sans peine que les retours d’un commerce en Amérique, et encore plus ceux d’un commerce aux Indes occidentales, sont, en général, non-seulement plus lents que ceux d’un commerce à quelque endroit de l’Europe, et même aux pays circonvoisins de la Méditerranée, mais encore plus irréguliers et plus incertains.

Secondement, le monopole du commerce des colonies a, dans beaucoup de circonstances, enlevé une certaine portion du capital de la Grande-Bretagne à un commerce étranger de consommation fait par voie directe, pour la forcer d’entrer dans un autre fait par circuit.

Parmi les marchandises énumérées qui ne peuvent être envoyées à aucun autre marché qu’à celui de la Grande-Bretagne, il y en a plusieurs dont la quantité excède de beaucoup la consommation de la Grande-Bretagne, et dont il faut, par conséquent, qu’une partie soit exportée à d’autres pays ; or, c’est ce qui ne peut se faire sans entraîner quelque partie du capital de la Grande-Bretagne dans un commerce étranger de consommation par circuit. Par exemple, le Maryland et la Virginie envoient annuellement à la Grande-Bretagne au-delà de quatre-vingt-seize mille muids de tabac, et la consommation de la Grande-Bretagne n’excède pas, à ce qu’on dit, quatorze mille muids ; il y en a donc plus de quatre-vingt-deux mille qu’il faut exporter dans d’autres pays, en France, en Hollande et aux contrées situées autour de la mer Baltique et de la Méditerranée. Or, cette portion du capital de la Grande-Bretagne qui porte ces quatre-vingt-deux mille muids à la Grande-Bretagne, qui de là les réexporte à ces autres pays, et qui rapporte de ces autres pays dans la Grande-Bretagne ou d’autres marchandises, ou de l’argent en retour, est employée dans un commerce étranger de consommation par circuit, et elle est forcément entraînée à cet emploi par la nécessité qu’il y a de disposer de cet énorme excédent. Pour sup-

  1. Cette simple phrase répond en partie à toutes les observations précédentes de Mac Culloch ; et les faits industriels qui se passent aujourd’hui en Angleterre démontrent assez le danger et le désavantage qu’il y a pour un peuple à employer presque tous ses capitaux dans le commerce étranger. A. B
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