Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/342

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Si l’économe politique des nations de l’Europe moderne a été plus favorable aux manufactures et au commerce étranger, qui constituent l’industrie des villes, qu’à l’agriculture, qui constitue l’industrie des campagnes, celle d’autres nations a suivi un plan différent et a favorisé l’agriculture de préférence aux manufactures et au commerce étranger.

La politique de la Chine favorise l’agriculture de préférence à toutes les autres industries. À la Chine, la condition d’un laboureur est, dit-on, autant au-dessus de celle d’un artisan, que dans la plupart des contrées de l’Europe la condition d’un artisan est au-dessus de celle du laboureur. À la Chine, la grande ambition d’un homme est de se procurer la possession de quelque petit morceau de terre, soit en propriété, soit à bail ; et l’on dit que, dans ce pays, on obtient des baux à des conditions très-modérées, et que la jouissance du fermier y est assez assurée. Les Chinois font très-peu de cas du commerce étranger. Votre misérable commerce ! disaient ordinairement, pour le désigner, les mandarins de Pékin dans leurs conversations avec M. de Lange, envoyé de Russie[1]. Les Chinois ne font que peu ou point de commerce étranger par eux-mêmes et dans leurs propres bâtiments, si ce n’est avec le japon, et ce n’est même que dans deux ou trois ports de leur royaume qu’ils admettent les vaisseaux des nations étrangères. Par conséquent, le commerce étranger se trouve de toute manière, à la Chine, resserré dans un cercle plus étroit que celui dans lequel il s’étendrait naturellement si les Chinois lui eussent laissé plus de liberté, soit dans leurs propres vaisseaux, soit dans ceux des nations étrangères[2].

Les ouvrages de manufacture contenant souvent une grande valeur sous un petit volume et pouvant, par cette raison, se transporter d’un pays à l’autre à moins de frais que la plupart des espèces de produit brut, sont, dans presque tous les pays, l’aliment principal du com-

  1. Voyez le Journal de M. de Lange, dans les Voyages de Bell, vol. II, pages 258, 276 et 293. Note de l’auteur.
  2. L’auteur exagère l’aversion des Chinois pour le commerce extérieur ; ils ne trafiquent pas seulement avec le Japon, mais avec toutes les îles indiennes, et leurs relations tendent de plus en plus à s’agrandir. D’ailleurs, nous ne savons s’il est permis d’alléguer ce qui se passe en ce pays, lequel est encore une terre inconnue. Il est probable que la prochaine ouverture des ports désignés dans le traité d’août 1842 avec les Anglais permettra désormais aux Européens de mieux étudier ce pays. A. B.