Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/343

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merce étranger. En général aussi, dans des pays moins étendus et moins favorablement disposés pour le commerce intérieur que ne l’est la Chine, les manufactures ont besoin d’être soutenues par le commerce étranger. Sans un marché étranger fort étendu, elles ne pourraient guère prospérer, soit dans les pays dont le territoire est trop borné pour fournir un marché intérieur un peu considérable, soit dans ceux où la communication d’une province à l’autre est trop peu facile pour permettre aux marchandises d’un endroit de jouir de la totalité du marché intérieur que le pays pourrait fournir. Il ne faut pas oublier que la perfection de l’industrie manufacturière dépend entièrement de la division du travail ; et comme on l’a déjà fait voir, c’est l’étendue du marché qui règle nécessairement à quel degré peut être portée la division du travail dans un genre quelconque de manufacture[1]. Or, la grande étendue de l’empire de la Chine, la multitude immense de ses habitants, la variété de ses différentes provinces et, par conséquent, la grande variété de ses productions et la facilité des communications établies par la navigation entre la plus grande partie de ces provinces, rendent le marché intérieur de ce pays d’une si vaste étendue, qui est seul suffisant pour soutenir de très-grandes manufactures et admettre des subdivisions de travail très-considérables. Le seul marché intérieur de la Chine n’est peut-être pas fort inférieur en étendue au marché de tous les différents pays de l’Europe pris ensemble. Cependant, un commerce étranger plus étendu qui à ce vaste marché intérieur ajouterait encore le marché étranger de tout le reste du monde, surtout si une grande partie de ce commerce se faisait sur des vaisseaux nationaux, ne saurait guère manquer d’augmenter de beaucoup les progrès des manufactures de la Chine et d’y perfectionner singulièrement, dans ce genre d’industrie, la puissance productive du travail. Avec une navigation plus étendue, la Chine en viendrait naturellement à apprendre l’emploi et la construction de toutes les différentes machines dont on fait usage dans les autres pays ; elle viendrait à s’instruire de tous les autres procédés utiles de l’art et de l’industrie qui sont mis en pratique dans toutes les diverses parties du monde. La conduite que suivent actuellement les Chinois ne leur offre guère d’occasions de se perfectionner par l’exemple de quelque autre nation, si ce n’est par celui de la nation japonaise.

  1. Voy. liv. I, chap. iii.