Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/358

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tion de chacun d’eux. Dans les petits États agricoles de l’ancienne Grèce, un quart, dit-on, ou un cinquième de toute la nation se regardaient comme soldats, et prenaient les armes dans l’occasion. Chez les peuples civilisés de l’Europe moderne, on calcule généralement qu’on ne saurait employer comme soldats plus du centième des habitants, sans ruiner le pays par la dépense qu’entraîne leur service[1].

Chez les peuples anciens, la dépense de préparer le soldat à faire la guerre ne paraît être devenue un objet considérable que longtemps après l’époque où la dépense de son entretien, pendant son service, fut tombée entièrement à la charge de l’État. Dans toutes les différentes républiques de l’ancienne Grèce, l’apprentissage des exercices militaires était une partie indispensable de cette éducation à laquelle était obligé tout citoyen libre. Il y avait, à ce qu’il semble, dans chaque ville un lieu public où, sous la protection des magistrats, différents maîtres enseignaient aux jeunes gens ces exercices. Toute la dépense qu’un État de la Grèce ait jamais eu à faire pour préparer ses citoyens à la guerre paraît avoir consisté dans cette simple institution. Les exercices du Champ-de-Mars remplissaient, à Rome, le même objet que ceux du gymnase dans l’ancienne Grèce. Sous l’empire des lois féodales, le grand nombre d’ordonnances publiques portant que les habitants de chaque canton s’exerceront dans la pratique de tirer de l’arc, ainsi que dans plusieurs autres exercices militaires, eurent en vue le même avantage, mais ne paraissent pas avoir eu le même succès. Soit défaut d’intérêt de la part des officiers chargés de l’exécution de ces ordonnances, soit quelque autre cause, il semble qu’elles ont été partout négligées ; et à mesure des progrès de ces gouvernements, on voit partout les exercices militaires tomber insensiblement en désuétude parmi le peuple.

Dans les anciennes républiques de la Grèce et de Rome, pendant toute la durée de leur existence, et sous les gouvernements féodaux, longtemps après leur premier établissement, le métier de soldat ne fut pas un métier distinct et séparé qui constituât la seule ou la principale

  1. Depuis les guerres de la révolution, l’Europe est devenue plus belliqueuse ; et on a calculé que maintenant 1 sur 70 de la population de chaque pays est destiné au service militaire. De si grands efforts ne ruinent pas précisément, mais ils appauvrissent les pays qui les font. Buchanan.