Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/376

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La seconde de ces causes ou circonstances est la supériorité d’âge. Un vieillard, pourvu que son âge ne soit pas tellement avancé qu’on puisse le soupçonner de radoter, est partout plus respecté qu’un jeune homme, son égal en rang, en fortune et en mérite. Chez les peuples chasseurs, tels que les tribus des naturels de l’Amérique septentrionale, l’âge est le seul fondement du rang et de la présence ; chez eux le nom père est un terme de supériorité ; celui de frère est un signe d’égalité, et celui de fils un signe d’infériorité. Chez les nations les plus civilisées et les plus opulentes, l’âge règle le rang parmi ceux qui sont égaux, sous tous les autres rapports, et entre lesquels, par conséquent, il ne pourrait être réglé par aucune autre circonstance. Entre frères et sœurs, l’aîné a toujours le pas ; et dans la succession paternelle, tout ce qui n’est pas susceptible de se partager, mais qui doit aller en entier à quelqu’un, tel qu’un titre d’honneur, est le plus souvent dévolu à l’aîné. L’âge est une qualité simple et sensible qui ne fournit pas matière à contestation.

La troisième de ces causes ou circonstances, c’est la supériorité de fortune. Néanmoins, l’autorité qui résulte de la richesse, quoiqu’elle soit considérable dans toute période de la société, ne l’est peut-être jamais plus que dans l’état le plus informe où la société puisse admettre quelque notable inégalité dans les fortunes. Un chef de Tartares, qui trouve dans l’accroissement de ses troupeaux un revenu suffisant pour l’entretien d’un millier de personnes, ne peut guère employer ce revenu autrement qu’à entretenir mille personnes. L’état agreste de sa société ne lui offre aucun produit manufacturé, aucuns colifichets d’aucune espèce, pour lesquels il puisse échanger cette partie de son produit brut qui excède sa consommation. Les mille personnes qu’il entretient ainsi, dépendant entièrement de lui pour leur subsistance, doivent nécessairement servir à la guerre sous ses ordres, et se soumettre à ses jugements en temps de paix. Il est à la fois leur général et leur juge, et sa dignité de chef est l’état nécessaire de la supériorité de sa fortune. Dans une société civilisée et opulente, un homme peut jouir d’une fortune bien plus grande, sans pour cela être en état de se faire obéir par une douzaine de personnes. Quoique le produit de son bien soit suffisant pour entretenir plus de mille personnes, quoique peut-être dans le fait il les entretienne, cependant, comme toutes ces personnes payent pour tout ce qu’elles reçoivent de lui, comme il ne donne presque rien à qui que ce soit sans en recevoir