Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/377

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l’équivalent en échange, il n’y a presque personne qui se regarde absolument comme dans sa dépendance, et son autorité ne s’étend pas au-delà de quelques valets. Néanmoins, l’autorité que donne la fortune est très-grande, même dans une société civilisée et opulente. De toutes les périodes de la société, compatibles avec quelque notable inégalité de fortune, il n’en est aucune dans laquelle on ne se soit constamment plaint de ce que cette sorte d’autorité l’emportait sur celle de l’âge ou du mérite personnel. La première période de la société, celle des peuples chasseurs, n’admet pas cette sorte d’inégalité. La pauvreté générale établit une égalité générale, et la supériorité de l’âge ou des qualités personnelles est la faible, mais unique base de l’autorité et de la subordination. Il n’y a donc que peu ou point d’autorité ou de subordination dans cette période de la société. Le second âge de la société, celui des peuples pasteurs, comporte une très-grande inégalité de fortune, et il n’y a pas de période où la supériorité de fortune donne une aussi grande autorité à ceux qui la possèdent. Aussi, n’y a-t-il pas de période où l’autorité et la subordination soient aussi complètement établies. L’autorité d’un chérif arabe est très-grande ; celle d’un kan tartare est totalement despotique.

La quatrième de ces causes ou circonstances est la supériorité de naissance. La supériorité de naissance suppose, dans la famille de celui qui y prétend, une ancienne supériorité de fortune. Toutes les familles sont également anciennes, et les ancêtres d’un prince, quoiqu’ils puissent être plus connus, ne peuvent néanmoins guère être plus nombreux que ceux d’un mendiant. L’ancienneté de famille signifie partout une ancienneté de richesse ou de cette espèce de grandeur qui est ordinairement la suite ou la compagne de la richesse. Une grandeur qui vient de naître est partout moins respectée qu’une grandeur ancienne. La haine qu’on porte aux usurpateurs, l’amour qu’on a pour la famille d’un ancien monarque, sont des sentiments fondés en grande partie sur le mépris que les hommes ont naturellement pour la première de ces sortes de grandeur, et leur vénération pour l’autre. De même qu’un officier militaire se soumet sans répugnance à l’autorité d’un supérieur par lequel il a toujours été commandé, mais ne pourrait supporter de voir son inférieur placé au-dessus de lui ; de même les hommes sont disposés à la soumission envers une famille à laquelle ils ont toujours été soumis, ainsi que leurs ancêtres ; mais ils frémissent d’indignation s’ils voient une autre famille, dans laquelle