Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/382

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obtenir son amitié, la souveraineté de sept villes grecques, le seul avantage qu’il annonce devant être le fruit de cet empire, c’est que le peuple l’honorera de présents. Tant que de pareils présents, tant que les émoluments de justice, ou ce qu’on pourrait appeler les honoraires de la cour, constituèrent ainsi tout le revenu ordinaire que le souverain retira de sa souveraineté, on ne dut guère s’attendre, on ne put même convenablement lui proposer qu’il renonçât entièrement à ce produit. On pouvait seulement lui demander, et la proposition en fut souvent faite, de le régler et de le fixer. Mais, malgré ces règlements et ces fixations, il était toujours extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver moyen d’empêcher qu’une personne qui était toute-puissante n’étendît les émoluments au-delà des fixations. Ainsi, tant que dura cet état de choses, il n’y avait presque aucune voie efficace de remédier à la corruption de la justice, résultat nécessaire de la nature incertaine et arbitraire de ces présents.

Mais lorsque, d’après différentes causes, et principalement d’après l’accroissement continuel des dépenses occasionnées par la nécessité de se défendre contre les invasions étrangères, le domaine particulier du souverain fut devenu tout à fait insuffisant pour défrayer la dépense de la souveraineté, et quand il fut nécessaire que le peuple, pour sa propre sûreté, contribuât à cette dépense par des impôts de différentes espèces, il paraît qu’il a été très-communément stipulé que, sous aucun prétexte, ni le souverain, ni ses baillis ou les juges ses substituts, ne pourraient accepter de présents pour l’administration de la justice. On trouva plus aisé, à ce qu’il semble, d’abolir totalement l’usage des présents, que de les régler et de les fixer d’une manière efficace. On attribua aux juges des salaires fixes, qui furent regardés, à leur égard, comme un dédommagement de ce qu’ils pouvaient perdre dans le partage des anciens émoluments de justice, comme aussi les impôts étaient, pour le souverain, un dédommagement plus que suffisant de ce qu’il perdait sur cet article. Dès lors on dit que la justice serait administrée gratuitement.

Dans la réalité cependant, la justice ne fut jamais administrée gratuitement dans aucun pays. Au moins faut-il toujours que les parties salarient des procureurs et des avocats ; et si ceux-ci n’étaient pas payés, ils s’acquitteraient de leurs fonctions encore bien plus mal qu’ils ne le font aujourd’hui. Les salaires qu’on paie aux avocats et aux procureurs montent annuellement, dans chaque tribunal, à une somme beaucoup